Le processus d’influence sociale : principal responsable de la crise actuelle ?

Il est difficile de ne pas être étonné par les réactions provoquées par la crise sanitaire que nous traversons. Bien sûr, le principe de précaution s’impose face à une forme inconnue de virus qui s’est avérée être dangereuse pour l’homme. Il ne s’agit pas de polémiquer sur la létalité de celui-ci mais plutôt de s’interroger sur la manière dont nous nous sommes collectivement emparés du sujet « coronavirus ». 

Collectivement, c’est-à-dire nos dirigeants, nos médias, et nous tous, citoyens. Comprendre comment nous nous sommes influencés mutuellement entre amis, collègues. Comprendre comment nos médias « grand public » ont fini par diffuser tous les mêmes informations, traitées avec le même angle. Comprendre par ce même prisme la manière dont nos dirigeants politiques ont pu être influencés dans leurs prises de décision pour tenter de gérer ladite crise. 

Pour tenter d’expliquer ce phénomène de convergence générale des points de vue, il est possible d’invoquer un concept central en psychologie sociale : l’influence sociale. L’influence sociale décrit la capacité d’un groupe à modifier les pensées comportements et attitudes des individus qui le composent. Par le simple fait que j’appartienne à un groupe, que ce soit un groupe d’amis, une équipe ou de manière plus globale une société, je vais avoir tendance à adopter implicitement le point de vue qui émerge du groupe. Nos croyances, nos attitudes, nos opinions sont ainsi nivelées par ce que nous percevons comme la pensée dominante dans le groupe. 

Aussi perturbant que cela puisse paraître, nous tous, individus, si nous n’y prêtons garde, avons une tendance « naturelle » à nous conformer à l’avis général. Ceci peut expliquer en partie une forme de rigidité de la pensée dominante dans le monde médical et la difficulté de ce dernier à accueillir des points de vue divergents sur un virus nouveau pourtant encore mal connu. 

L’influence sociale agit pleinement au sein d’un groupe, mais elle agit également entre groupes différents. Ainsi l’avis qui apparaît comme dominant dans le monde médical devient l’information dominante dans les médias.  Ceci explique pourquoi nos médias, dans leur quasi globalité, tiennent tous le même discours – osons le dire, plutôt anxiogène – sur le coronavirus et par là même infuse nos pensées et notre opinion sur le sujet. Par ce processus, le peuple – c’est-à-dire nous – influencé par ses multiples sources diffusant la même information, développe une pensée collective en conformité avec l’avis dominant des autres groupes (le monde médical, les principaux médias). 

Et nos dirigeants ne dérogent pas à la règle. Par le même phénomène d’influence sociale leurs décisions vont dépendre d’une double influence : l’avis « main stream » du monde médical et l’opinion majoritaire de leurs futurs électeurs. 

Bien sûr, chaque crise génère son lot d’opportunistes et nul doute que divers lobbys agissent en sous-main pour tirer le maximum de profits économiques du contexte que nous traversons. Mais nous n’avons pas besoin d’eux pour penser tous de la même manière, nous nous débrouillons très bien tous seuls ! Ou devrais-je dire, ensemble !  

Avoir ce phénomène à l’esprit est essentiel en ces temps troublés, pour rester vigilant et continuer à nous forger une opinion propre. Explorer plusieurs sources d’informations, écouter les contradicteurs, accepter les idées qui divergent. Oser se faire un avis qui n’est peut-être pas celui de « tout le monde ». Réflexe vital dans le contexte actuel pour notre santé psychique mais aussi pour celle de notre société, car la pensée unique n’a jamais été très bonne, me semble-t-il, pour la santé d’une démocratie.