Faut-il s’imposer une diète médiatique pour que reparte l’économie ?

Qui a pu passer à côté ? Le champs lexical de la crise a envahi nos journaux, nos postes de radio et de télévision. Nous ne savons rien dans les détails, mais nous savons l’essentiel : notre pays, l’Europe, l’économie capitaliste, bref tout va mal. Nos mécanismes psychiques sont tels que, plus nous l’entendons, plus nous l’intégrons, plus cela influence nos comportements et nous pousse à une attitude défensive, allant contre notre désir de construire et d’espérer. Et si ce phénomène individuel, pris à l’échelle d’une multitude d’individus, constituait un facteur de pérénnisation de crise ?

Omniprésence de la crise : l’influence des médias sur notre désir de réussir

Il est d’usage courant de critiquer « les médias » sans distinction pour leur manière de sélectionner et de traiter l’information économique et sociale. Le contexte économique étant ce qu’il est,  force est de constater qu’il y a matière éditoriale à ce que les journalistes multiplient le vocabulaire anxiogène. Il est intéressant de se demander quel pouvoir d’influence ce flux d’informations récurrent exerce sur notre moral, nos attitudes, nos comportements.  Plus précisément, dans quelle mesure le martèlement médiatique autour de la crise ne nous installe pas malgré nous dans une forme d’attentisme et de négativisme nuisant à notre désir de réussir ? Et pour aller encore un peu plus loin, dans quelle mesure cette somme d’inerties individuelles ne contribue-t-elle pas à renforcer les mécanismes de la récession à l’intérieur même de chaque entreprise. Car s’il est avéré que lorsque le moral des ménages est en berne, l’épargne augmente et la consommation diminue, quelle est l’incidence véritable de notre représentation de la crise sur notre désir de réussir en tant que salariés, managers, dirigeants ?  Deux courants théoriques en psychologie nous éclairent sur ce possible phénomène.

Les messages  inconscients qui influencent notre vie (professionnelle)

L’inconscient, cette notion chère au célèbre Dr Freud, est cet espace de notre psychique où sont stockés nos souvenirs, nos fantasmes et nos désirs refoulés. Cette notion a depuis beaucoup évolué mais retenons ici qu’il existe une région de notre vie psychique qui échappe à notre contrôle, et dans laquelle s’imprègne au fil de notre vécu une part non négligeable de nos angoisses.

Notre vécu intègre l’ensemble de nos expériences de vie, des plus quotidiennes au plus extraordinaires. Parmi ces expériences quotidiennes, il y a celle de s’informer, de scruter l’actualité à travers le prisme de la télé, de la radio, du web, des journaux. Entendre, lire ou voir quotidiennement l’expression de drames économiques aux multiples visages à travers les vagues de licenciement, les individus qui s’immolent devant Pôle Emploi, les annonces de mauvais chiffres sur la dette, le chômage, ne peut que participer à charger notre inconscient de multiples angoisses associées au travail. La psychanalyse nous enseigne le fait que les angoisses refoulées dans l’inconscient agissent sur notre comportement conscient. Il est ainsi facile de concevoir que des messages récurrents associant par exemple travail et fin tragique, charge notre inconscient d’angoisses quant à notre propre existence professionnelle et que ces angoisses finissent par rejaillir sur nos comportements, inhibant ainsi notre désir d’inventer, d’oser et d’espérer.

​Les processus cognitifs au service de notre conditionnement négatif

​Depuis 10 ans se multiplient le nombre de cas de psychopathologies du travail : addiction, dépression, burn-out, etc. conduisant parfois au suicide. Pour ces salariés déjà fragilisés dans leurs positions professionnelles, la confrontation quotidienne à un flot médiatique d’informations déprimantes ne peut qu’amplifier leur mal-être et leur sentiment que « tout est foutu ».

La psychologie cognitive permet d’étayer un peu plus l’hypothèse de ce probable lien entre communication morose et symptômes d’abattement. Notre cerveau est doté de grandes fonctions cognitives, parmi lesquelles la perception, la représentation, la mémoire et la

communication. Ces fonctions permettent de traiter l’information qui parvient de notre environnement et d’adapter notre comportement en conséquence. Le mouvement cognitiviste s’est notamment intéressé à ce processus dit « de conditionnement » permettant d’associer, à force de répétition, à un stimulus donné, une réponse devenant réflexe. Appliqué à la réception des informations médiatiques, il est ainsi aisé de comprendre que le cerveau percevant une information menaçante, va stocker celle-ci en mémoire, puis développer en réponse un comportement protectionniste. La répétition de ce stimulus d’alerte, va petit à petit contribuer au développement d’une réponse conditionnée. Ainsi, plus le cerveau reçoit d’informations sur le chômage, la crise, la dette, plus il va « mécaniquement » développer des comportements-réponses adaptés : motivation en berne, perte de confiance en soi, défiance vis à vis des autres, crainte du futur…

Notre motivation individuelle est-elle un facteur de réduction de crise ?

Ces deux façons d’expliquer le même phénomène disent une chose essentielle: il nous faut apprendre à protéger nos représentations positives; nous sommes libres de façonner notre manière de nous informer; libres de limiter nos contacts avec l’actualité. De la sorte, il se pourrait que nous sauvegardions une grande partie de notre désir de construire. Si les 1500 salariés d’une même entreprise en font de même et décident de réduire leur consommation d’informations alarmantes le matin avant de venir travailler, il y a des chances que leur envie de construire ensemble un avenir meilleur autour d’un projet d’entreprise commun soit plus forte. Et si une partie de la solution à la crise n’était pas tout simplement là, à notre portée ?